Sommet Etats-Unis – Afrique: Les îles de la lune et l’Oncle Sam | Al Comorya

Durant ce mois de décembre 2022, le Chef de l’Etat comorien Azali Assoumani prend part à une succession de sommets et réunions diplomatiques.

Après avoir rencontré le président chinois Xi Jinping lors du sommet entre La Chine et les pays Arabes à Riyad, il participera aux côtés de Joe Biden au sommet États-Unis – Afrique, qui se tient du 13 au 15 décembre à Washington.

Lors de son séjour dans le royaume saoudien, il s’est entretenu avec le Prince héritier Mohamed Ben Salman.

Rencontrer les présidents des deux premières puissances mondiales et l’un des hommes les plus puissants du monde arabe en l’espace d’une semaine, est un privilège qu’offre la position des Comores en tant que carrefour d’influences dans l’océan indien, appartenant à la fois au continent africain et au monde arabe.

Malheureusement, notre pays n’arrive pas encore à tirer profit de cette position géostratégique à cause d’une diplomatie qui fait souvent dans l’amateurisme et une politique étrangère dont les objectifs sont ne pas clairement définis.

À part faire acte de présence et prendre de jolies photos dans ces grandes messes, très peu de résultats concrets en découlent.

U.S-Africa Leaders Summit ne dérogera pas à la règle. C’est tout de même l’occasion de faire le point sur le partenariat entre les îles de la lune et l’Oncle Sam.

Coopération Comores-USA, un nouveau chapitre?

En juillet 2022, la nouvelle ambassadrice américaine Claire Pierangelo, après sa prise de fonction, avait exprimé le souhait de renforcer les liens entre les deux pays. Elle avait parlé de nouveau chapitre dans les relations entre les Comores et les États-Unis. Le 8 novembre, joignant la parole aux actes, elle a remis trois drones TEAL aux garde-côtes comoriens.

« Pour tout pays ayant un littoral, la connaissance du domaine maritime est importante.  Mais pour une nation insulaire dans le canal du Mozambique, la connaissance du domaine maritime est critique. C’est pourquoi nous sommes heureux de travailler avec l’armée et les garde-côtes comoriens afin de vous donner de nouveaux outils pour surveiller vos eaux territoriales et protéger votre souveraineté. » A-t-elle affirmé.

L’Union des Comores et les USA ont signé un accord de coopération militaire en juillet 2014, sous la présidence Ikililou Dhoinine. Mais depuis, peu d’actions ont été entreprises. À l’époque, lors de la cérémonie, dans le camp de Kandaani, le Chef d’Etat-major Idjihadi avait déclaré :

« Cette signature marque un moment crucial pour la coopération entre les Forces militaires des Etats-Unis et les Forces militaires comoriennes, car il va permettre de renforcer les capacités de notre institution e permettre le soutien mutuel en matière de logistique, d’approvisionnement et de services. »

Cet intérêt renouvelé de l’Oncle Sam pour l’archipel peut se lire à l’aune des ambitions africaines de la Chine. En effet l’empire du milieu a ouvert une base militaire à Djibouti en août 2017 et ne compte pas s’arrêter là.

Pékin cherche à en ouvrir d’autres au grand dam des occidentaux. L’Union des Comores représente un profil similaire à la petite nation de la corne de l’Afrique et jouit de très bonnes relations avec la Chine.

Le ministre chinois des Affaires Etrangères Wang Yi a effectué une visite à Moroni en janvier 2022. Comme partout ailleurs sur le continent africain, les chinois ont une longueur d’avance sur les américains.

Pékin investit dans les infrastructures, hôpital de Bambao à Anjouan, stade international de Maluzini, même les bâtiments qui abritent la télévision nationale ou encore le parlement ont été construits par la Chine.

Les gouvernements africains surtout ceux de nature autoritaire, apprécient ces investissements d’autant plus que la Chine ne donne pas de leçons sur les violations des Droits de l’Homme.

Rapport 2021 sur les Droits de l’Homme aux Comores

De son coté l’Amérique n’hésite pas a cloué au pilori, le gouvernement comorien sur la question des droits humains. Le rapport 2021 sur les Droits de l’Homme aux Comores publié par le département d’Etat des Etats-Unis n’y va pas de main morte, dans sa description des nombreuses dérives autoritaires du régime Azali. il dresse un tableau peu reluisant de la situation dans notre pays:

Les problèmes significatifs en matière de droits de l’homme comprenaient des rapports crédibles sur : d’assassinats illégaux ou arbitraires commis par le gouvernement, de torture ou de peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants commis par le gouvernement, de conditions de détention difficiles et dangereuses pour la vie, d’arrestations ou de détentions arbitraires, de prisonniers ou de détenus politiques, de représailles à motivation politique contre un individu dans un autre pays.

De graves restrictions à la liberté d’expression et aux médias, y compris des violences, des menaces de violence et des arrestations ou des poursuites injustifiées contre des journalistes, et l’existence de lois sur la diffamation criminelle bien qu’elles ne soient pas appliquées, interférence substantielle avec la liberté de réunion pacifique, restrictions sévères de la liberté de religion, incapacité des citoyens à changer pacifiquement de gouvernement par le biais d’élections libres et équitables.

Mais c’est là que se dévoile l’hypocrisie des occidentaux. Car après avoir énuméré à juste titre, tant d’exactions de la part du pouvoir d’Azali Assoumani, comment peut-on comprendre qu’il soit invité sous les dorures des lieux de pouvoir la capitale américaine? Le pragmatisme et la realpolitik n’ont-ils donc pas de limites?

Economie et Soft Power américain

Sur le plan économique, la présence américaine est quasi inexistante. Bien que, Les Comores fassent partie intégrante depuis 2008 de l’AGOA African Growth and Opportunity Act, une initiative visant a aider les économies africaines en leur facilitant l’accès au marché américain, les échanges commerciaux entre les deux pays ne sont que minimes.

Côté soft power, l’influence américaine est assurée par l’american corner qui organise des événements culturels et surtout par les volontaires des Corps de la Paix, qui ont gagné la sympathie de la population locale par leurs efforts pour apprendre le shikomori tout en enseignant l’anglais.

Après leur séjour, certains jeunes américains manient la langue de Mbae trambwe avec une habilité qui émerveillent les comoriens.

L’ambassade des États-Unis a également organisé une formation au journalisme de solution en faveur de 40 journalistes comoriens des trois îles. « Afin de soutenir une presse libre, professionnelle, responsable et participative dans le développement des Comores, l’Ambassade des États-Unis a financé le projet»

Pour qu’un réel nouveau chapitre soit ouvert dans les relations entre les îles de la Lune et l’Oncle Sam, premièrement il faudrait que l’Amérique pèse de tout son poids pour que le jeu démocratique soit respecté aux Comores, car seul le camp des démocrates rechignera a s’allier avec des régimes peu fréquentable. Un pouvoir autoritaire aux Comores, favorisera les partenariats avec des pays peu soucieux des droits de l’Homme.

Deuxièmement il faut mettre en avant l’aspect économique plutôt que militaire. Les Comores ont besoin d’infrastructures, c’est en les finançant au travers d’investissements directs étrangers et non d’aides infructueuses que les grandes démocraties comme les U.S.A éviteront à notre archipel de céder aux sirènes de l’Empire du milieu.

Les pays n’ont pas d’amis ils n’ont que des intérêts si la Chine en fait plus pour les Comores, que les Etats-Unis, il serait illogique d’en vouloir à Moroni d’ouvrir les bras à Pékin.

Mohamed Moussa Alcomorya



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