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L’interpellation du journaliste Toufé Maecha et du directeur de publication de La Gazette des Comores, El-Had Saïd Omar, par la Gendarmerie nationale suscite une vague d’indignation au sein de la profession et soulève de sérieuses questions sur le respect des libertés fondamentales dans le pays.
Arrêtés dans la soirée du lundi 8 juin, l’un à son domicile à Niumadzaha Bambao, l’autre à son bureau, les deux responsables de presse ont passé toute la nuit dans les locaux de la gendarmerie sans que les autorités ne communiquent publiquement les motifs de leur interpellation. Plus de douze heures après leur arrestation, ni leurs confrères, ni leur syndicat, ni même l’opinion publique n’avaient obtenu la moindre explication officielle.
Cette opacité est d’autant plus préoccupante que les personnes concernées ne sont ni des fugitifs ni des individus cherchant à se soustraire à la justice. Journalistes connus et parfaitement identifiables, Toufé Maecha et El-Had Saïd Omar auraient pu répondre à une simple convocation judiciaire si les autorités estimaient nécessaire de les entendre dans le cadre d’une enquête.
Le choix de procéder à des arrestations spectaculaires, suivies d’une nuit entière en garde à vue sans communication claire, apparaît dès lors comme une mesure disproportionnée. Une telle méthode ne peut qu’alimenter les soupçons d’intimidation à l’égard d’un organe de presse connu pour son travail critique sur les affaires publiques.
Le silence observé par les autorités renforce davantage les inquiétudes. Ce mardi matin, les représentants du Syndicat national des journalistes comoriens (SNJC) se sont rendus à la Gendarmerie nationale puis au Palais de justice pour obtenir des explications. Ils sont repartis sans réponse. L’affaire serait « en cours d’enquête », ont simplement indiqué les autorités judiciaires, refusant toute communication supplémentaire.
Dans un État de droit, la privation de liberté doit demeurer une mesure exceptionnelle, justifiée et transparente. Lorsqu’il s’agit de journalistes, les autorités ont même une responsabilité particulière, celle de veiller à ce que toute procédure judiciaire ne puisse être interprétée comme une tentative de pression sur la liberté d’informer.
Au-delà du sort personnel de Toufé Maecha et d’El-Had Saïd Omar, c’est un signal préoccupant qui est envoyé à l’ensemble des médias comoriens. Chaque arrestation opaque d’un journaliste crée un climat de peur susceptible d’encourager l’autocensure et de fragiliser le débat démocratique.
Cette affaire risque d’être perçue comme un nouvel épisode de restriction de l’espace démocratique aux Comores.
Al Comorya apporte toute sa solidarité à ces deux journalistes.
