Edito : Magufuli «le bulldozer» Adulé par les uns, décrié par les autres

Magufuli est bien mort, qu’il repose en paix. Mes condoléances à nos frères tanzaniens. C’est la Vice-Présidente Samia Suhulu Hassan, qui mit fin aux spéculations autour du sort du Président de la Tanzanie, qui avait disparu depuis deux semaines.

Adulé par les uns, décrié par les autres, Magufuli, était surnommé «le bulldozer» en raison de sa réputation de bâtisseur mais également parce qu’il écrasait tout sur son passage.

Ses admirateurs soulignent ses réalisations et il est vrai qu’il a poursuivi le développement des infrastructures de son pays, qui avait été enclenché par son prédécesseur Kikwete. La Tanzanie a une croissance économique qui avoisine les 7% depuis le début des années 2000 bien avant l’arrivée de Magufuli.

Ces critiques rappellent que la répression contre l’opposition, les attaques contre la liberté d’expression et la censure des médias, sont ce qui caractérise le mieux le règne sans partage, de plus de cinq ans du président John Pombe Magufuli, qui a été « réélu » en octobre 2020 avec un score soviétique de 84%, lors d’élections entachées d’allégations de fraudes et d’irrégularités. La police a tué 11 personnes à Zanzibar dans des violences postélectorales.

L’ancien professeur de chimie et mathématiques, adulé à ses débuts pour son style de leadership hors du commun et proche du peuple, s’est mué en dirigeant autoritaire usant de brutalité policière contre ses adversaires politiques.

Son principal rival à la présidentielle, Tundu Lissu s’est enfui en Belgique en évoquant des menaces de mort à son encontre. On comprend sa fuite quand on sait que sa voiture a été criblée de 32 balles en 2017 et qu’il en est sorti avec un handicap.

Le régime de Magufuli s’est illustré dans la censure des médias. Au cours de la période précédant les scrutins d’octobre 2020, le gouvernement a imposé des réglementations interdisant aux médias nationaux de diffuser tout contenu venant de l’étranger sans l’approbation de l’État.

De nombreux journalistes sont régulièrement enlevés et jetés en prison comme c’est le cas d’Erick Kabendera, qui a osé critiqué les violations des droits de l’homme et la répression politique en Tanzanie.

Le Président dont certains célèbrent la mémoire aujourd’hui avait refusé aux écolières tombées enceintes le droit à l’éducation.

L’année dernière, Magufuli a suscité de nombreuses critiques quant à son approche de la lutte contre la Covid-19. Il a d’abord nié publiquement l’existence du coronavirus dans ce pays d’Afrique de l’Est. Cela vous rappelle quelqu’un?

Il a ensuite utilisé ses apparitions publiques pour encourager les Tanzaniens à utiliser la thérapie à la vapeur et d’autres méthodes traditionnelles pour se débarrasser du virus, qui, selon lui, a été vaincu par des «prières».

En janvier de cette année, il a indiqué que les Tanzaniens ne recevraient pas de vaccin contre la Covid-19.

Selon l’opposition, cette folie a causé la mort de milliers de citoyens. La pandémie fait des ravages dans le pays. 3 haut-responsables de son propre gouvernement sont décédés avant lui, en quelques mois, officiellement de pneumonie.

Avant de mourir, le vice-président de Zanzibar, Maalim Seif, qui était de l’opposition, a déclaré publiquement qu’il est atteint du covid et a appelé les tanzaniens à se protéger, allant ainsi à contre courant de Magufuli.

Finalement, c’est ce même virus qu’il a tourné en dérision qui a fini par emporter le président tanzanien.

Ceux qui veulent croire la version officielle de la crise cardiaque dans un hôpital de Dar Es Salam, qu’ils se souviennent que le Premier Ministre Majaliwa disait sans sourciller, il y a quelques jours que Magufuli est en pleine forme et qu’il travaille beaucoup c’est pour cela qu’il n’apparaît pas en public. Si vous souhaitez continuer à avaler des couleuvres, libre à vous.

Magufuli a choisi la prière plutôt que la science, alors que l’un n’empêche pas l’autre. Il en a payé le prix. Dieu nous a doté d’un cerveau et nous a incité à rechercher la science du berceau jusqu’au tombeau.

Je me rappelle d’un dars d’Ustadh Sambi, durant lequel il expliquait que la foi seule ne suffit pas. Il a cité en exemple, un athée qui a appris à nager et un croyant qui a refusé d’apprendre la natation mais qui compte uniquement sur les prières.

Si l’on jette les deux en plein milieu de la mer, c’est l’athée qui sait nager qui sera sauvé et le croyant risque de se noyer malgré ses prières sincères. Fundi Sambi nous expliquait ainsi qu’il existe des lois scientifiques auxquelles on ne peut échapper, peu importe notre degré de foi.

Les seules personnes habilitées à remettre en cause une science se sont les scientifiques et non les politiciens ou les religieux.

Espérons que Samia Suluhu Hassan, qui est sur le point de prendre la relève en tant que sixième et première femme présidente de la Tanzanie, rectifiera le tire, réconciliera le peuple et réparera les erreurs de son ancien patron.

Ce qui est étonnant, pour revenir à notre contexte comorien, est de voir l’opposition comorienne célébrer la mémoire d’un président qui fait subir aux opposants tanzaniens ce qu’ils subissent de la part d’ Azali Assoumani.

On en vient à s’interroger sur la sincérité des convictions démocratiques de certains politiciens, car si pour eux, leur modèle d’un bon président, c’est Magufuli, qui a criblé de balles ses adversaires, tué des manifestants, muselé les journalistes et a déclaré que son parti CCM restera au pouvoir pour l’éternité, alors c’est le summum de l’hypocrisie et on est pas sorti de l’auberge.

Mohamed Moussa Al Comorya – Ne pas copier. Toute reproduction interdite –



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