La modernisation de l’Aéroport des Comores, vague de licenciements et des interrogations sur le contrat avec Terminals Holding

Une conférence de presse conjointe qui s’est tenue mardi 24 avril 2025, a annoncé une étape décisive pour le secteur aérien comorien. Le Secrétaire général du gouvernement, Nour El Fath Azali, la Ministre nouvellement nommée des Transports, Yasmine Hassane Alfeine, le Ministre du Tourisme Abubacar Ben Mahamoud, ainsi que le Directeur général de l’aéroport international Prince Saïd Ibrahim (AiMPSI), Mimouni Chakira, ont officialisé l’entrée en service de la société émiratie Terminals Holding à compter du 1er mai 2025.

La société prendra le contrôle de la gestion de l’aéroport dans le cadre d’un contrat de 25 ans, scellant un partenariat public-privé d’envergure. Une nouvelle société sera créée pour l’occasion, dans laquelle l’État comorien détiendra une minorité de blocage, assurant un droit de regard stratégique sur les décisions majeures.

Un projet de modernisation

Au cœur de cette nouvelle collaboration, un projet d’envergure de modernisation de l’aéroport. Il prévoit la construction d’un nouvel aérogare pouvant accueillir jusqu’à un million de passagers par an, ainsi que l’allongement de la piste principale pour permettre de recevoir des vols très gros porteurs et la construction d’une bretelle, permettant des départs toutes les deux minutes, une capacité jamais atteinte auparavant aux Comores.« Nous espérons voir les résultats positifs de ce projet d’ici à 2027, à temps pour les Jeux des îles de l’océan Indien, » a déclaré le Ministre du Tourisme Abubakar Ben Mahamoud.

Plan social et vague de licenciements

Mais cette transition s’accompagne d’un plan social d’ampleur, marqué par le licenciement de plusieurs centaines d’employés des Aéroports des Comores (ADC). Ces départs s’échelonneront sur des préavis allant de 1 à 4 mois, et seront accompagnés d’indemnités évaluées entre 3 et 4 milliards de francs comoriens, selon les autorités. Justifiant cette décision, Nour El Fath Azali a invoqué la comparaison avec les aéroports de Madagascar et de La Réunion : « Nos effectifs étaient disproportionnés. L’aéroport international à Madagascar accueille un million de passagers par an et il n’a que 278 employés. À l’aéroport de la Réunion reçoit 2,7 millions de passagers pour seulement 400 employés. L’île Maurice c’est 3,8 millions d’arrivées pour 500 employés. Aux Comores pour 260000 passagers nous avons mille employés. Cette réforme est nécessaire pour redresser notre secteur aérien. »

Le Directeur général de l’AiMPSI, M. Chakira, a appuyé ces propos en précisant que 80 % des revenus de l’aéroport étaient engloutis par la masse salariale, compromettant ainsi tout investissement structurel à long terme. La Ministre des Transports, Mme Alfeine a souligné que le choix de qui sera licencié et qui sera retenu, s’est fait de manière transparente et équitable puisque des entretiens et des tests ont été réalisés avant de trier les plus qualifiés.

Une stratégie controversée mais assumée

Si cette décision promet une modernisation sans précédent des infrastructures, elle ne manquera pas de faire réagir les syndicats et une partie de l’opinion publique. Le gouvernement affirme néanmoins que ce virage est indispensable à la survie et au développement du secteur aéroportuaire comorien.

En toile de fond, ce partenariat s’inscrit dans une stratégie plus large des Émirats Arabes Unis d’expansion aéroportuaire en Afrique et en Asie, Terminals Holding ayant récemment pris pied en Guinée équatoriale et en Afghanistan. Un point à ne pas négliger cette compagnie émirati est lié au conseiller à la sécurité nationale Tahnoon bin Zayed al-Nahyan. Il faudra redoubler de vigilance pour que l’infrastructure aéroportuaire des Comores ne soit pas utilisée comme base arrière des opérations militaires des Émirats en Afrique.

Des révélations parues dans « Middle East Eye » montrent que les Émirats Arabes Unis auraient utilisé l’aéroport de Bosaso dans la région du Puntland en Somalie dont ils ont la gestion pour fournir en armes et en mercenaires les rebelles RSF au Soudan. Les Émiratis y ont installé un radar israélien ELM-2084 3D. Le magazine apportant pour preuve une image satellite de cette installation à l’aéroport.

Nour El Fath Azali ne s’est-il pas engagé dans une aventure dont les conséquences risquent de lui échapper? D’autant que le contrat avec Terminals Holding est tenue secret, le SGG refusant même de dévoiler le pourcentage des actions détenues par l’état comorien dans cette nouvelle société.

L’attrait des millions de dollars n’a t-il pas aveuglé les autorités comoriennes au point de livrer un site hautement stratégique comme l’aéroport à une puissance étrangère pour 25 ans? Les prochains mois s’annoncent décisifs pour jauger la capacité de cette nouvelle alliance à concilier ambitions économiques, exigences sociales et souveraineté nationale.

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