Aujourd’hui le Kenya, demain les Comores, comment le FMI met les pays à feu

« THE IMF DOESN’T PUT OUT FIRES, IT STARTS THEM. Le FMI n’éteint pas les feux, il les démarre. » Cette citation célèbre est de Robert Barro professeur d’Economie à l’Université de Harvard. Elle date de 1998 et était une réponse à l’appel de Bill Clinton à financer le FMI, car ce sont les « pompiers économiques » du monde.

Cette remarque est toujours d’actualité au vue des feux de la colère déclenchés à Nairobi ces derniers jours et qui risquent d’arriver dans notre archipel dans un future proche. Le Kenya vient d’être secoué par plusieurs jours de manifestations ayant causés plus d’une vingtaine de morts. C’est le projet de loi de finances 2024 qui a mis le feu aux poudres.

La jeunesse, le fer de lance de cette contestation a pris d’assaut le parlement pour empêcher que cette loi soit votée. Les nouvelles générations « Gen Z » et « millennials » sont vent debout contre l’adoption de ce budget national qui prévoit des hausses d’impôts et de taxes.

En effet, pour obtenir des crédits auprès du FMI, le président kenyan Willam Ruto a décidé de suivre toutes les recommandations des institutions de Bretton Woods, notamment celles appelant à augmenter la pression fiscale et supprimer les subventions envers certains secteurs économiques.

William Ruto a fini par céder et retirer sa loi de finances, mais rien ne fera revenir les manifestants tombés sous les balles.

Si l’on part du principe que les mêmes causes provoquent les mêmes effets, ce qui se passe aujourd’hui à Nairobi, est un aperçu de ce qui risque de se dérouler demain à Moroni. Car dans un rapport datant de janvier 2024, le FMI a fait des recommandations similaires pour les Comores, qui si elles sont appliquées, provoqueront une crise sociale sans précédent.

Dans ce rapport, le FMI prévient que L’adhésion en cours des Comores à l’OMC aura un impact sur les recettes fiscales provenant du commerce international. L’institution financière invite donc le gouvernement à «  envisager d’éliminer les exonérations fiscales et de relever les impôts directs pour remplacer les taxes commerciales »

L’adhésion à l’OMC est synonyme de libéralisation des échanges et donc de moins de recettes douanières. Pour combler le manque à gagner, le FMI incite les Comores à augmenter les impôts et les taxes sur la consommation, en d’autres termes, saigner encore plus le portefeuille de Hamada et Houmadi.

Sachant qu’il est difficile de collecter les impôts directs dans un pays comme le nôtre , dans lequel la majeur partie de l’économie relève de l’informel, ils suggèrent d’avoir plutôt recours aux impôts indirects et même introduire une TVA.

« Parmi ces possibilités d’action immédiate pourraient figurer l’instauration et/ou le relèvement des droits d’accise sur certains produits peu ou pas taxés et l’élargissement et le développement de nouvelles assiettes fiscales. À plus long terme, un système de TVA pourrait être adopté. Selon plusieurs études, les impôts indirects offrent un potentiel de recettes inexploité dans les pays en développement. »

Le FMI appelle également à la fin des subventions à la Sonelec permettant à la compagnie d’électricité d’acheter du carburant à moindre coût. Cette suppression engendra une hausse de la facture d’électricité alors que les Comores ont un des tarifs au kilowattheure les plus chers d’Afrique.

Pour inciter le gouvernement comorien à mettre en œuvre ses orientations néfastes pour le petit citoyen, le 21 juin 2024, le FMI a achevé la deuxième revue de l’accord de Facilité Élargie de Crédit en faveur de l’Union des Comores, il donne accès à 43 millions de dollars aux Comores. Le gouvernement Azali Assoumani a fait explosé la dette extérieure. 100 milliards kmf, de plus de 2017 à 2022. Toutes ses dettes doivent être remboursées. Si les recettes douanières baissent suite à l’adhésion à l’OMC, l’Etat sera en difficulté pour assurer ses missions et en même temps rembourser ses dettes, puisque la croissance reste molle entre 1 à 3% sur les huit ans de présidence Azali.

La politique économique et sociale de ce gouvernement se caractérise par la médiocrité. Si ce jugement vous semble sévère, lisez ce que le même rapport du FMI dit à sujet « L’Union des Comores est soucieuse d’atteindre les objectifs de développement durable, mais les progrès sont minimes. Dans l’évaluation des ODD de 2023, l’Union des Comores est 154ème sur 166 pays et elle est la moins bien classée parmi les petits pays en développement. »

Malgré ce constat impitoyable, les institutions de Bretton Woods, trouvent cela judicieux d’accabler encore plus demain, le consommateur comorien, déjà pris à la gorge, en augmentant les impôts indirects, ce qui a n’en point douter provoquera les mêmes troubles sociaux qu’au Kenya, et plongera le pays dans le chaos.

Le plus désolant c’est que les Comores ne tireront aucun bénéfice de l’adhésion à L’OMC n’étant pas un grand pays exportateur. De plus, nous bénéficions déjà de l’accès au marché américain grâce à L’AGOA, au marché européen grâce à l’initiative TSA, au marché Chinois grâce au régime en franchise de droits applicable aux PMA et enfin au marché africain grâce à la Zlecaf.

Cette adhésion ne revêt donc aucun intérêt stratégique pour notre pays. Par pure mimétisme, le gouvernement Azali s’est engagé dans une démarche qui risque d’avoir des conséquences désastreuses pour notre pays.

Les nouvelles générations comoriennes doivent se mobiliser politiquement et pacifiquement, pour faire entendre raison au gouvernement. Le peuple ne peut plus compter sur les partis d’opposition traditionnels, qui n’existent qu’en période électorale et ne pensent qu’à des petits arrangements avec le pouvoir en place pour d’hypothétiques gouvernements d’union et un partage du gâteau.

Ce que la Gen z et les millennials Kenyans ont réussi, la jeunesse comorienne peut également. Il ne s’agit pas de lutter pour que telle personne ou parti accède au pouvoir, c’est plutôt un combat politique pour que les interêts du peuple ne soit pas sacrifiés au profit des institutions financières mondiales.

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