Crépuscule de mon idole? Moustoifa fait fausse route

Mastehi mbali, matswandzi mbali. Aussi respectable que soit le pédigrée d’un politicien, nous ne devons pas faire l’économie d’une réflexion sur le bien fondé de ses actions.

Moustoifa a beau être, dans le marigot politique comorien celui que j’admire le plus, cela ne m’empêche pas de croire qu’il fait fausse route sur cette histoire de président en exil. Ce n’est que mon avis.

Au-delà du fond, la forme non plus n’y est pas. La manière dont il a été désigné ne reflète pas les idéaux pour lesquels se bat une frange importante de l’opposition.

On dit que charité bien ordonnée commence par soi-même. Il est étrange qu’un mouvement qui lutte pour la démocratie, sorte un président de son chapeau, sans avoir procédé à la moindre élection, ni consultation des membres qu’il est censé représenter.

Cette façon d’agir est pour le moins cavalière. Même dans les dictatures les plus obscures il y a un semblant de vote symbolique à mains levés.

Ali Mhadji annonce que Moustoifa est président et quelques jours après, il est nommé vice-président de celui qu’il a proclamé président. Cela ressemble plus à des petits arrangements entre amis et du rafistolage plutôt qu’à un projet mûrement réfléchi.

Les opposants à un autoritarisme ont un devoir d’exemplarité démocrtique. L’opposition comorienne à l’étranger a la possibilité de donner une leçon de civisme, de pluralisme et de démocratie au régime d’Azali, en organisant dans les pays où ils vivent, un vote, dans lequel tout comorien détenant une carte nationale d’identité peut venir voter.

Que Moustoifa et d’autres se présentent, que chaque tendance de l’opposition envoie son candidat. Qu’ils mènent campagne et qu’ils organisent des meetings et des débats contradictoires sur les stratégies à mener.

Le vainqueur de ce genre d’élections, Moustoifa, par exemple, fort des voix de dizaines de milliers de citoyens comoriens, pourra se prévaloir d’une certaine légitimité à s’exprimer au nom du peuple, à l’intérieur du pays comme sur la scène internationale.

Mais sortir ex nihilo, un président, dont tout le monde ignore sur quelle base il a été choisi hormis le fait d’être une figure historique et emblématique, semble problématique à plus d’un titre.

A la tribune des opposants en exil, ça se bouscule au portillon, tandis que sur le terrain c’est la vacuité qui domine.

Pourtant, à l’intérieur, l’opposition a besoin d’un mouvement populaire « grassroots » avec un ancrage territorial.

De petits groupes locaux dans chaque région qui s’organisent sur la base de la démocratie participative, pour animer le débat politique et mobiliser les habitants aux enjeux locaux et nationaux, augmentant ainsi la participation de masse à la politique.

Pour l’instant l’opposition a toujours tenté, avec peu de succès, la stratégie Top-down, ou approche descendante, où le sommet décide et attend que la base exécute.

Il est temps qu’elle adopte la stratégie du Bottom-up, approche ascendante où la base militante sur le terrain a une place centrale.

Sans cela, on sera face à une opposition hors sol et un club élitiste coupé du peuple et qui ne comprend pas pourquoi ces pauvres bougres ne suivent pas leur mot d’ordre de ville-morte ou appel à manifester.

Mohamed Moussa Al Comorya – Ne pas copier. Toute reproduction interdite –



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