Vidéosurveillance à Moroni, outil de protection ou de répression?

Des caméras de vidéosurveillance ont fait leur apparition sur  les principales artères de la ville de Moroni, capitale des Comores. 

Pour le ministre de l’intérieur Mohamed Daoudou, ce dispositif s’inscrit dans le cadre de la lutte contre la criminalité et la délinquance. Il s’agirait de protéger les biens et les personnes, en identifiant ceux qui cambriolent les magasins ou volent les batteries des voitures la nuit tombée. Les partisans de la vidéosurveillance estiment qu’elle aura un effet dissuasif sur les malfaiteurs.

Pour l’opposition, ce nouvel outil est la suite logique de la politique du tout-sécuritaire et tout-répressif menée par le gouvernement actuel. Elle voit en ces installations, un nouveau moyen de mettre le pays en coupes réglées. Les autorités seraient sur le qui-vive et craindraient pour leur survie politique. 

Ces caméras sur la voie publique soulèvent des questions quant au respect des libertés individuelles et de la vie privée des citoyens. Partout ailleurs dans le monde, ce genre de pratique est encadré par une loi spécifique visant à prévenir toute utilisation abusive de ce système. Ici, cette initiative est menée hors de tout cadre juridique. 

Les lieux où sont installées ces engins laissent penser que l’on a plus à faire à du maintien de l’ordre plutôt qu’à la lutte contre la délinquance. En effet, le rond point café du port, n’a jamais été un lieu de criminalité, par contre c’est est un point stratégique où passent toutes les manifestations organisées à Moroni. 

Le rond-point Bonzami et la place des banques ne sont pas non plus des lieux mal famés ni des repères de bandits, par contre elles se situent à proximité d’institutions financières et politiques, dont certaines ont été victimes d’incendies. Notamment le ministère des postes et télécommunications le mois dernier, ou la Banque Fédérale de Commerce BFC en Aout 2019.

Ces dernières semaines plusieurs personnalités anjouanaises soutenant le régime ont été la cible d’incendies, à leur domicile ou leur lieu de travail. Certains établissent une corrélation directe entre ces événements et s’interrogent sur le caractère politique de ces actes.

Ce n’est pas la première fois que ces appareils sont implantés sur la voie publique, puisque trois caméras avaient déjà été installées en 2017. Le premier flic des Comores a d’ailleurs affirmé qu’elles ont permis de faire avancer l’enquête sur le gendarme à la main coupée, selon ses dires. 

Il paraît évident que si l’objectif était de faire baisser la délinquance ces caméras seraient installées dans les quartiers chauds. Beaucoup y voient un message envoyé à tous ceux qui envisagent une déstabilisation du pouvoir en place. 

L’autre interrogation tourne autour de l’entretien de ce matériel, car les comoriens ont assisté à l’arrivée en fanfare des feux tricolores à Moroni, or aujourd’hui ils sont quasiment tous tombés en désuétude, faute de suivi.  

Mohamed Moussa Al Comorya – Ne pas copier. Toute reproduction interdite –



Catégories :Edito & Opinions, Infos & actu, Siasa

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