Covid-19: Moheli submergée par la seconde vague, point sur la situation

Dudja lapvili: Moheli la belle endormie est frappée de plein fouet par une deuxième vague plus violente et meurtrière.

L’île de Djumbe Fatima vit au rythme des contaminations et des enterrements. 223 cas cumulés recensés dont 94 encore actifs. Un bond spectaculaire lorsque l’on sait qu’il y a un mois il n’y avait que 37 cas cumulés détectés depuis le début de la pandémie.

Désormais Moheli compte un nombre total de contaminations supérieur à Anjouan alors qu’elle a une population environ 5 fois moins nombreuse. Il existe quelques disparités en fonction des régions de l’île. Si l’épicentre de cette résurgence se situe à Djwaezi, d’autres zones sont affectées notamment Fomboni et la région de Djando. Le Mledjele n’est pas épargné, on signale des cas à Nyumashua, ainsi qu’à Miringoni.

Selon les autorités sanitaires, au 31 décembre, on comptabilise 4 morts du covid-19. Pour beaucoup d’observateurs ce chiffre est erroné, certains parlent d’une hécatombe. Une chose est certaine, plusieurs personnalités moheliennes de renom sont décédées ces derniers jours, ajoutant encore plus à la psychose.

Parmi ceux qui nous ont quittés, il y a l’ancien député du parti Juwa Ahmed Daroumi, l’ex ministre Issoufa Soufiane, et la figure emblématique Mohamed Hassanaly, militant de l’indépendance des Comores, ancien Vice-Président de la République, sous Ali Soilihi et qui fut durant des décennies la voix des moheliens sur la scène politique nationale des années 70 jusqu’au début des années 2000.

Mauvais timing et rétropédalage du gouvernement

Victime d’un mauvais timing dû à l’impréparation, le gouvernement a été pris de cours par cette explosion de cas. Le 21 décembre, AZALI Assoumani s’est adressé à la Nation pour annoncer de nouvelles mesures d’allègement des restrictions sur les activités socio-économiques, culturelles, économiques et sportives. Lors de son intervention, il avait minimisé la situation à Moheli, qu’il affirmait déjà maitrisée.

Une semaine après, le 28 décembre, rétropédalage des autorités. Pris au dépourvu par l’ampleur exceptionnelle de cette seconde vague, paré au plus pressé, un conseil des ministres est consacré à l’évolution de la pandémie.

Azali Assoumani se rend sur place avec des membres du gouvernement et le gouverneur Mohelien Mohamed Said Fazul s’est fendu d’une déclaration annonçant que les mesures restrictives suivantes ont été prises pour une période de 15 jours :
– Interdiction de toute festivité de regroupement ( mariages,Tari ,Wadaha, Mdrenge…etc)

– Fermeture des mosquées et interdiction des festivités religieuses- Fermeture des établissements scolaires et universitaires

– Fermeture des plages (interdiction voulé)

– Interruption des compétitions sportives collectives

– Ouverture des marchés uniquement pour la vente des denrées alimentaires de 6h00 à 16 h 00

– Réduction du personnel non essentiel dans les administrations publiques

– Renforcement des mesures de surveillance au niveau des points d’entrée aériens et maritimes

– Le port de masques est obligatoire dans tous les lieux publics

– L’entrée en vigueur du couvre-feu est avancée de 20h 00 à 5h 00 du matin.

Depuis, les forces de l’ordre, matraques à la main, patrouillent dans les rues pour faire respecter les mesures.

Riposte draconienne du gouvernement
Au fur et à mesure que la situation se détériore, la riposte gouvernementale se durcit.

Le 1er janvier 2021 le coordinateur national de la lutte contre le covid-19, Houmed Msaidie a annoncé, à la télévision nationale ORTC, des mesures supplémentaires plus drastiques, notamment la suspension des liaisons aériennes et maritimes entre Moheli et le reste de l’archipel.

L’île est coupée du monde. Le couvre-feu commence à 18 heures au lieu de 20 heures. Les restaurants sont fermés. Les commerces non alimentaires également.

La ministre de la Santé Loub Yacout a déclaré qu’elle a fait appel à des infirmiers à la retraite pour renforcer le personnel soigant. Un urgentiste sera dépêché sur place pour soutenir les efforts.

Mais la mesure la plus importante est le dépistage massif de plus de 70% de la population de Moheli. Pour l’instant, depuis le 11 décembre, 299 tests ont été effectués. 7 agents de santé sont infectés. 24 personnes sont hospitalisés dont 3 en détresse respiratoire.

Elle a indiqué que désormais toutes personnes contaminées seront regroupées en un seul et même endroit. Il faut savoir que selon un responsable du comité insulaire contre le coronavirus à Moheli, Docteur Abdoul Anziz Hassanaly, jusqu’à présent, seuls les contaminés qui présentaient des symptômes graves étaient hospitalisés.

Il déplorait cependant que les personnes testées positives qui devaient rester confinées chez elles, déambulaient dans les rues et contribuaient ainsi à la propagation du virus. Le regroupement de tous les cas en un même lieu est donc une mesure salutaire.

L’opposition dénonce la gestion de cette crise
Du côté de l’opposition, le Président du CNT Mougni Baraka a vilipendé le gouvernement lors d’un discours le 31 décembre: « la gestion du covid-19 est une catastrophe. » Il a pointé du doigt le fait que les autorités prennent des mesures « sans loi, ni cadre législatif légal. »

L’ancien gouverneur de Ngazidja juge que la levée des restrictions est :« précipitée, irresponsable et populiste, sans s’être assuré qu’il y ait un net recul de la pandémie sur l’ensemble du territoire national, notamment sur l’île de Moheli.

Et comme si cela ne suffisait pas pour montrer son incapacité à gérer la pandémie, le colonel Azali Assoumani a annoncé une batterie de mesures restrictives spécifiques à Moheli, tout en maintenant paradoxalement la levée des mesures sur les autres îles, sachant les interactions et la circulation naturelle entre les îles.« 

Au-delà des velléités politiques, aucun effort ne doit être épargné pour endiguer cette deuxième vague. La solidarité nationale doit battre son plein. Ce qui se joue actuellement à Moheli, c’est le futur de l’archipel tout entier. Si cette bataille est perdue et que les contaminations continuent d’être en hausse, il faut craindre le pire pour l’ensemble des 4 îles.

Mohamed Moussa Al Comorya – Ne pas copier. Toute reproduction interdite –



Catégories :Edito & Opinions, Infos & actu

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