Éditorial : Aux Comores, la détresse n’est pas que respiratoire

Depuis le samedi 25 avril, les Comores vivent aux rythmes d’un couvre-feu qui entre dans le cadre d’une consolidation des mesures de prévention contre la pandémie. Comble du paradoxe, tout en niant l’existence de la maladie sur son territoire, le gouvernement a pris des mesures draconiennes que l’on ne peut que saluer.

On assiste à une dichotomie, entre le refus catégorique de reconnaître la présence du virus et la sévérité des mesures mis en place.

Pendant ce temps, on apprenait que les urgences du centre hospitalier El Maarouf sont aux limites de leurs capacités, débordées par un afflux de patients souffrant de détresse respiratoire.

Pour le désengorger une dizaine de malades sont transférés à Samba Kuni, le centre hospitalier de référence insulaire de Ngazidja. Ce site est initialement prévu pour accueillir les personnes atteintes de covid-19.

De quoi souffrent-ils exactement, nul ne peut l’affirmer, due à l’amateurisme des autorités comoriennes. Nous sommes le seul pays au monde n’ayant pas la capacité de dépister le covid-19. Même les nations en guerre et les états en déliquescence tels que le Sud-Soudan et la Syrie, sont dotés de l’équipement nécessaire pour tester leur population et ont signalé le nombre d’infections.

Chez nous, là où la situation exigeait une réactivité et rapidité sans précédent, le gouvernement a affiché une lenteur affligeante dans sa quête pour l’acquisition de ce dispositif de dépistage.

C’était le 16 mars, lorsque le directeur général de l’OMS Tedros Adhanom lançait son désormais célèbre appel « testez, testez, testez ». Il a fallu attendre jusqu’au 22 avril plus d’un mois après, autant dire une éternité en temps de crise, pour que nous recevions le seul et unique PCR acheté par l’état.

Cette machine ne coûte pas des sommes mirobolantes qui auraient pu constituer une circonstance atténuante. Le gouvernement a les moyens financiers pour en acheter sans l’aide d’aucun partenaire international.

La réception du matériel de dépistage fut accueilli avec un ouf de soulagement, qui a vite cédé le pas à la douche froide, lorsque l’on nous a appris qu’il faut prendre notre mal en patience car les laborantins qui manipuleront l’appareil doivent d’abord être formés.

Pour couronner le tout, on nous informe que c’est l’INRAPE (Institut Nationale de Recherche en Agriculture, Pêche et Environnement) qui abritera le PCR.

Le ministère de la santé ne dispose-t-il donc pas du moindre laboratoire d’analyses médicales et doit avoir recours au service d’un département dédié à l’agriculture? Si ça ce n’est pas de l’incompétence, de l’approximation et de l’amateurisme. Qu’est-ce donc?

En tant que citoyens, on ne peut pas être satisfaits quand notre pays devient la risée des médias étrangers, qui se font un malin plaisir de comparer les Comores et la Corée du Nord.

On ne peut ressentir que de la honte, lorsqu’on apprend que Somalie un pays en guerre depuis 30 ans, dispose de moyens sanitaires supérieurs aux nôtres et transmet à l’OMS le nombre de cas. Si ça ne vous touche pas, nous ça blesse au plus profond de nous-mêmes. Notre fierté en prend un coup.

La multiplication de cas de personnes en détresse respiratoire, en pleine pandémie, n’est pas le fruit du hasard ou d’une coïncidence.

L’incapacité des autorités à procurer au personnel médical un mode de diagnostique durant tout ce temps est une faute grave. Assumez vos responsabilités. Des têtes doivent tomber, des personnes doivent être limogées. S’il y a bien un domaine dans lequel la négligence ne peut être tolérée c’est bien celui de la santé.

0 cas ou 100 cas, ce n’est pas ce qui importe. Si demain, les Comores annoncent un cas de covid-19, ça ne changera pas la face du monde. Ça sera même un non-événement sur le plan international.

Ce qui est important, c’est de préserver des centaines, voir des milliers de vies humaines en détectant au plus vite les cas potentiels et les foyers de contaminations. Chose que ce gouvernement ne s’est pas donné les moyens de faire.

La détresse n’est pas que respiratoire elle est générale.



Catégories :Edito & Opinions, Infos & actu, Siasa

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1 réponse

  1. Franchement bravo c’est le premier article concernant la crise sanitaire dont fait face le pays qui reste pragmatique dans tout sa rédaction. La seule chose que vous Avez omis c’est le fait est que la population ne prend pas ses mesures mais se crois immunisé et à l’abri de toute contamination. En tout cas Merci bien car encore Une fois ca montre a quel point notre gouvernement est incapable face à la gestion de crise, ce qui est presque le cas de toutes les gouvernements du Monde mais le plus pertinent c’est le niveau d’apprentissage du pays qui incontestablement faible car moi qui suis en Master de Diagnostic et Traçabilité des environnements Biologique et chimiques, je sais que réaliser un PCR n’a de particulier du moment qu’on a les armorces, car je suis en France que depuis quelques mois et il m’a suiffit qu’une fois pour tout comprendre les procédés. Il est temps que nous jeunes Comoriens mettions bien ça dans nos crânes que ca ne sera ni les anges, ni les Autres qui viendront à notre rescousse. C’est à nous de sauver les nôtres et çà, c’est en apprenant qu’on saura comment s’y prendre. Seul la connaissance sera notre « Salue » pour tout les maux que subissent notre pays. Ni l’argent, ni les prières ne pourront nous aider.

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