Comores – Iran : Retour sur les relations entre les deux pays

A l’heure où les yeux du monde entier sont rivés sur Téhéran, suite à l’élimination de Qassem Soleimani. Voici un petit retour sur les liens entre notre archipel et cette puissance régionale du moyen orient.

Aux origines d’un mythe fondateur

« Fraternelles et généalogiques » c’est ainsi qu’en 2010, le président Iranien Mahmoud Ahmadinejad qualifiait les relations entre Les Comores et l’Iran. Généalogique, car dans les mythes fondateurs du roman national Comorien, une ville Iranienne, Chiraz, occupe une place importante. Si la population d’extraction bantoue domine génétiquement aux Comores, culturellement c’est l’influence de la minorité Chirazienne qui a longtemps eu l’ascendant. 

Domoni, L’ancienne capitale du sultanat d’Anjouan, se nomme jusqu’à présent la cité Chirazienne, en référence à ses fondateurs supposés. À Mayotte, une nécropole avec des sépultures perses a été découverte. À Ngazidja, beaucoup de familles princières prétendaient descendre d’ancêtres Chiraziens.

 A Mohelie, une localité porte le nom de « Bandar es salam » ce qui signifie en langue persane « Havre de paix ». Ce nom n’est pas anodin quand on sait qu’il y a une forte probabilité que les Chiraziens qui ont débarqué en Afrique de l’Est en général et aux Comores en particulier, étaient des réfugiés fuyant les atrocités de l’empire Savafide. 

Chiraz était un bastion du sunnisme shafiite. C’était la ville de grands savants sunnites comme Abu Ishaq Ashirazi. En 1504, la ville tombe entre les mains du monarque chiite Ismail Savafid, qui massacre les ulémas et brûle les mosquées sunnites.  ِNematullah Aljazairi un ayatollah chiite écrit dans son livre « Anwar alNuumania » que: « Quand Ismail Safavid est arrivé à Chiraz, il a rassemblé les érudits des opposants [sunnites] et leur a ordonné de maudire les trois califes, mais ils ont refusé parce que la Taqiyyah n’est pas autorisé selon eux, alors il a ordonné de tous les tuer. »

Tous les historiens indiquent que les Chiraziens sont arrivés aux Comores en 1506, soit deux ans après la chute de la ville. Cela pourrait mieux expliquer pourquoi ils nommèrent une des villes qu’ils ont fondé « Havre de paix » Bandar es Salam. 

Sous l’ère Sambi, le pro-Iranien

Mais revenons à une époque plus récente. À partir de 2006 et l’accession à la magistrature suprême d’Ahmed Abdallah Sambi, les relations bilatérales entre les Comores et l’Iran ont commencé à prendre une toute autre envergure. 


Un protocole d’accord portant sur les domaines économiques, mais surtout d’échanges d’informations et de technologies entre les deux pays, est signé lors de la visite d’une délégation Comorienne en Iran. 
En octobre 2006, des accords bilatéraux sont signés concernant la pêche et l’agriculture. En 2008 Sambi effectue une visite à Téhéran pour rencontrer son homologue Ahmadinejad. Les deux hommes se rencontrent de nouveau en 2009, en marge du sommet de l’OCI.

 
Toujours en 2009, Ahmadinejad visite les Comores. Sambi qui a fait ses études en Iran, ne cachait pas son admiration pour la république islamique. Il a déclaré au président Iranien : « notre nation et notre gouvernement invitent la nation et le gouvernement iranien à nous enseigner la vraie signification de l’indépendance et comment atteindre un statut si exaltant en dépit des pressions et des sanctions imposées . » 

Le discours de Mahmoud Ahmadinejad au palais du peuple de Hamramba était une envolée lyrique contre le néo-colonialisme occidental et un appel à défendre l’intégrité territoriale des Comores,  tout cela en présence de l’ambassadeur de France. Grand nombre d’analystes politiques, affirment, que par ce rapprochement ostentatoire avec celui que les occidentaux considèrent comme un paria, Sambi avait définitivement scellé son sort.

Le divorce, Ikililou cède à la pression

 Sous Ikililou, les relations diplomatiques Iran-Comores iront en se détériorant jusqu’à la rupture en 2016. L’ambassade Iranienne est sommée de plier bagages. Les centres de santé et d’éducation financés par Téhéran ont tous mis la clé sous la porte. Ce divorce étant la résultante de la pression externe, venant  de l’Arabie Saoudite et de la France, mais aussi interne de la part des religieux Comoriens effrayés par les conflits engendrés par le prosélytisme chiite. 

Entre la rupture d’Ikililou et la porte grande ouverte de Sambi, les Comores doivent emprunter la ligne médiane, celle du juste milieu. Nous devons entretenir des relations cordiales avec l’Iran, sans toutefois se laisser prendre dans les filets de ses ambitions hégémoniques. Ne perdons pas de vue qu’il existe un impérialisme Iranien et un fondamentalisme chiite tout aussi exécrable que son versant sunnite le wahhabisme. L’Iran a fait tombé plusieurs pays dans son escarcelle. (Irak, Syrie, Liban, Yémen…)

 Les Comores doivent entretenir des relations diplomatiques avec l’Iran, mais en prenant garde de ne jamais devenir un état satellite , une nouvelle colonie, du régime des ayatollahs. Notre pays ne doit jamais devenir un protagoniste des conflits au moyen orient mais profiter de notre position à la croisée des civilisations, pour redevenir un « bandar es Salam » , un havre de paix, un facilitateur et un conciliateur dans le tumulte des relations internationales.



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2 réponses

  1. L’Iran il peut Riens à faire pour notre président de Comors.
    Alors à quoi sa ser cette Relation

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  2. Je viens de couvrir votre média Alcomorya que je trouve très enrichissant. Juste sur l’Iran, il serait très intéressant de faire un article sur le RIALI notre monnaie commune des pays de la zone de l’océan Indien (Iran, Yémen, Oman, Arabie Saoudite, …). Sortir de la Zone CFA? Oui, pour retrouver notre zone monétaire pendant le Sultanat et avant la Colonisation et nos pays voisins avec qui on partage beaucoup de notre Histoire commune. C’est l’avenir. Salams

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